- Actualité
Report de la REP Emballages Professionnels : reculer… pour mieux sauter
Tribune de Marc-Antoine Franc, Directeur Général de Twiice
Tribune de Marc-Antoine Franc, Directeur Général de Twiice
L’annonce est tombée à moins d’une semaine d’un lancement pour lequel toute la filière s’était mobilisée et quelques jours seulement après l’agrément des trois éco-organismes et la publication des barèmes d’éco-contribution.
Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a justifié ce report par le caractère « acrobatique » du calendrier et les ambiguïtés persistantes sur la définition du metteur sur le marché — une question juridique centrale qui conditionne l’entrée dans le dispositif de plusieurs centaines de milliers d’entreprises. Des arguments que les quelques mois à venir devront impérativement dissiper.
Déception, oui. Résignation, non ! Chez Twiice, nous sommes des positivistes convaincus — et quelques mois de plus ne changeront ni notre cap, ni notre engagement. C’est au contraire une invitation à aller plus loin, plus vite, et mieux.
Ce report suscite des questions légitimes, tant il intervient dans un contexte où les ambitions de la France en matière de réduction des plastiques n’ont jamais été aussi clairement affichées.
En juin 2025, lors de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan, l’État présentait son Plan plastique 2025-2030 et identifiait les emballages professionnels, qui représentent 20 % de la consommation de plastique en France, comme un axe prioritaire, désignant explicitement la REP EPRO comme l’un de ses leviers clés pour atteindre les objectifs de recyclage fixés à 2030. Un signal fort, confirmé quelques mois plus tard : le 19 mai 2026, Emmanuel Macron présidait depuis le salon REuse Economy Expo un Conseil de planification écologique consacré à l’économie circulaire, où il rappelait que la France verse 1,5 milliard d’euros par an à l’Union européenne pour non-respect de ses objectifs de recyclage et appelait le gouvernement à définir des actions concrètes pour atteindre les objectifs de 2030. La REP Emballages Professionnels est précisément l’un de ces leviers concrets.
Nous comprenons que la mise en œuvre d’une filière de cette ampleur nécessite que les conditions soient réunies pour tous les acteurs. Mais ce report nous invite collectivement à une vigilance : celle de ne pas laisser s’installer un écart trop grand entre les engagements de long terme et les décisions de court terme. La crédibilité de la trajectoire française sur le plastique se joue aussi dans ces moments-là.
Si ce report jette le doute sur le dispositif dans certains esprits, la REP Emballages Professionnels n’en reste pas moins un dispositif juste et nécessaire.
Elle structure enfin la responsabilité de fin de vie des 7 millions de tonnes d’emballages professionnels mis sur le marché chaque année en France. Elle n’est pas une taxe supplémentaire : une grande partie des éco-contributions versées par les metteurs en marché leur reviennent sous forme de soutiens financiers dès lors qu’ils recyclent ou réemploient.
Pour certaines entreprises déjà engagées dans des démarches vertueuses, l’impact net peut même être positif.
Ce report décale le démarrage. Il ne change pas la logique.
Nous entendons les inquiétudes exprimées par certaines entreprises et syndicats professionnels, en particulier les PME qui découvrent avec cette REP un nouveau statut, celui de metteur sur le marché, et les obligations qui l’accompagnent. Ces préoccupations sont légitimes, et nous les prenons au sérieux.
La complexité des textes, le calendrier serré, les incertitudes sur le périmètre exact des assujettissements : ces difficultés réelles ont contribué à rendre la mise en œuvre initiale difficile à appréhender pour beaucoup. Pour autant, la REP n’est pas une contrainte tombée du ciel : elle répond à un enjeu environnemental documenté, elle s’inscrit dans un cadre européen contraignant, et elle offre aux entreprises vertueuses un retour concret sur leur engagement.
Demander du temps pour se préparer, c’est compréhensible. Faire de cette complexité un argument contre le principe même de la REP, ce serait une erreur. Les quelques mois qui viennent sont là pour lever les dernières ambiguïtés, pas pour remettre en question ce qui a déjà été construit.
Twiice a été agréé pour accompagner les metteurs en marché dans cette transition. Équipes formées, outils déployés, réseaux construits, opérateurs en cours de contractualisation : tout ce travail reste acquis et nous allons l’amplifier. Ce délai supplémentaire, nous les mettrons au service d’un démarrage plus solide — en allant chercher les entreprises qui ne se sont pas encore préparées, en co-construisant avec l’ensemble des acteurs de la filière des solutions concrètes et opérationnelles, en affutant nos outils, en travaillant en proximité avec les pouvoirs publics pour que le prochain départ soit un vrai départ.
Ce report ne doit pas être le signal d’un désengagement.
La France verse chaque année près de 1,5 milliard d’euros à l’Union européenne au titre de sa contribution sur les plastiques non recyclés. La REP EPRO pleinement déployée permettrait d’en éviter une part significative. Ce n’est pas un détail — c’est un enjeu budgétaire et environnemental majeur, qui ne disparaît pas avec le report.
Aux entreprises tentées de repousser leurs préparatifs : ne le faites pas. Le cadre est posé. Les éco-organismes sont prêts. Le travail de mise en conformité que vous engagez aujourd’hui est un investissement, pas un coût.
La REP Emballages Professionnels est une bonne réforme. Chez Twiice nous en sommes convaincus depuis le premier jour, et ce report n’y change rien. Nous serons au rendez-vous avec les entreprises, avec les opérateurs, avec les pouvoirs publics, pour que cette filière tienne toutes ses promesses.
Marc-Antoine Franc — Directeur Général, Twiice
Juin 2026